dimanche 15 avril 2018

Un livre, un piano

UN LIVRE, UN PIANO
FUKUSHIMA, APRES LA PLUIE







Les histoires de rencontres son souvent de belles histoires. Ma rencontre avec Ezaka en fait partie. Lorsque Ezaka Rakotondramanana, pianiste et compositrice, a acheté mon livre "Fukushima, après la pluie", il y a un an, je ne me doutais pas que cet acte anodin conduirait à un travail artistique qui finirait par un spectacle.
C'est pourtant ce qui est arrivé.
Ezaka, inspiré par mes textes a composé et m'a transmis ses compositions qui m'ont touché et puis, un jour, elle m'a proposé de mettre en spectacle les textes et les compositions au piano.
Très ému par cette proposition, j'ai accepté et nous avons travaillé pour présenter au public un spectacle homogène où la musique et les textes se fondent harmonieusement en un tout.


La première représentation a eu lieu samedi 14 avril 2018 à l'Abbaye d'Aniane. Ezaka et moi y avons pris un grand plaisir et pour nous cette première sortie en public semble être le début d'une aventure artistique commune. D'autres dates sont d'ores et déjà prévues.
















mardi 6 février 2018

Déluge

De jour en jour, nous sommes devenus plus aquatiques. Nos épidermes, qu'ils fussent rugueux ou veloutés, diaphanes, basanés, plissés ou lisses ne se sont plus sentis outragés par les dégoulinades répétées. Ils se sont résignés, dans l'acceptation de cette nouvelle configuration de la nature et des éléments. L'eau s'est presque substituée à l'air, vaporisant les trois temps de nos vies, passé-présent-futur.

Extrait de "Fukushima après la pluie" de Philipp Larsen

samedi 3 juin 2017

La faute à Newton

Nos habitudes forment un trou noir dont la force d'attraction est telle qu'il est très difficile d'y échapper. A l'instar de ces astres ultra compacts, elles absorbent la lumière qui est en nous, nous maintenant dans un troublant clair-obscur, sous des frondaisons de pénitence.
On voudrait rejoindre les exoplanètes qui peuplent d'autres univers, découvrir des mondes en dehors de notre environnement confiné, rencontrer des êtres nouveaux parlant des langues soyeuses comme la surface d'une pêche, toucher des étoffes colorées, goûter des épices, respirer des peaux rares ...
Mais il y a cette force qui nous pousse à tourner en orbite autour de notre microcosme et même si nous l'abhorrons, nous sommes - liés par un pacte conclu à notre insu - condamnés à ces révolutions inlassablement répétées. Il arrive même que nous nous maintenions en orbite géostationnaire, observateurs immobiles de notre propre ennui.
Seule une puissance extraordinaire peut nous permettre d'échapper à cette gravité particulière.
Cette force existe, elle s'appelle l'audace, le courage, la hardiesse, la résilience, l'envie de vie, l'imagination.
Un jour, un matin, sans que l'on sache pourquoi, le vol d'un papillon, une musique à faire monter les larmes, un sourire d'enfant, une vague à l'écume mousseuse mourant en crépitant sur le sable chaud, déclenche cette force et nous brisons alors les chaînes.
Délestés du poids des contraintes, de la bienséance, du quotidien, nous partons pour un voyage sans tabous, sans préjugés.
Nous quittons le monde ordonné, les actions récurrentes, le bus de huit-heure-zéro-sept, les gestes automatiques, les bonjours-machin, les merci-de-rien insincères.
La fenêtre ouverte sur des espaces insoupçonnés, nous respirons l'infini. Une odeur de terre perlée de rosée, de cheveux traversés de brume, de sueur apatride, de quais de gare brûlés par le soleil, de tempête tropicale, d'haleine au khât remâché, de chemins de poussière, de corps abandonnés en sexe, de rizières frémissant sous brise légère, de grande marée d'équinoxe.
La terre nous appartient alors. Fragiles, nous commençons à l'explorer, comme des double croches parcourraient une portée en sol. Légers, un sourire aux lèvres, nous dérivons au hasard des courants d'harmonie.


mardi 9 mai 2017

VARIATION

A quoi bon écrire ?

J'écris pour dépasser le réel. Pour sortir du champ d'attraction de nos quotidiens. J'écris pour tutoyer l'extraordinaire.
J'écris par goût du pouvoir, celui de tordre la réalité, d'ouvrir des brèches entre le vrai monde et le fantasme, de voyager où je veux à la vitesse de la lumière, d'aimer sans blesser.


 Peut-être que j'écris parce que je ne sais pas chanter.
J'écris pour trouver dans le monde ce qui est beau, intense, intime ou grandiose. J'écris pour trouver la femme sous la glace du lac Baïkal, pour sentir les épices d'un marché ouzbek, pour caresser une cambrure assouplie en clé de sol. J'écris pour ouvrir des brèches dans l'humain afin qu'il déverse son intérieur comme une digue aurait rompu son rempart de pierre. J'écris pour voir jaillir la cascade de l'âme et que m'en soit révélées les beautés et les noirceurs.
J'écris pour ne pas sombrer dans un trou noir dont la masse critique m'attire inexorablement vers son effrayant vortex.
J'écris pour ne pas mourir sans avoir caressé une étoile
J'écris parce que la mine de mon crayon peut toucher l'infini
J'écris pour sauter de nuage en nuage.

J'écris, je ne sais faire que cela.





mardi 7 mars 2017

Un pont

La visite d'une exposition d'art contemporain (Jonathan Meese au Carré Saint Anne) il y a deux jours à Montpellier m'a inspiré un texte que j'avais ébauché il y a quelques années. L'amoncellement d'objets hétéroclites, les assemblages improbables, les pistes innombrables qui nous emmènent dans un labyrinthe indéchiffrable, ont fait écho à l'état de mon cerveau, qui, parfois, ressemble à un garage de pavillon de banlieue dans lequel on aurait accumulé les traces de notre vie sans soucis d'agencement, de logique ou même d'esthétique.
J'ai ainsi eu l'impression d'entrer à l'improviste dans le cerveau d'un inconnu et d'y déambuler. De me perdre par effraction dans les méandres d'un esprit foisonnant et baroque.


Mon psy, acariâtre hippophage, en qui j'ai une confiance limitée, mes affinités avec la race équine n'étant pas étrangères à cela, m'a dit un jour :


- ''Pour commencer, si vous voulez vous en sortir, il faut écrire tout ce qui vous passe par la tête''

Le problème est que je n'ai rien qui passe par la tête car ce qui est entré refuse de sortir. La moindre insignifiante information se stocke où elle peut sans respecter quelque protocole de rangement que ce soit. A croire que mon cerveau est un espace confortable et accueillant, sorte de havre pour idées obsolètes, objets déclassés, concepts oubliés et autres contradictions inutilisables. Résultat : ma tête est un véritable capharnaüm, une caverne d'Ali Baba où l'essentiel, le vital, côtoie le dérisoire, le méprisable. Alors, écrire sur ce qui me passe par la tête risque de décevoir le Freudien praticien.
Admettons que je joue le jeu. Si je prends ce que j'aperçois le plus prêt de l'entrée, là où les neurones sont en courant d'air permanent, c'est un pont. Bon. C'est con un pont. Qu'est-ce que vous voulez que j'écrive sur un pont. Il est là, inerte, campé dans mon hémisphère gauche, parasitant un bon millions de neurones. Il ne paye pas de mine, le tablier terne et poussiéreux, les jambes écartées - à la manière d'un vieux cow-boy cacochyme usé par la prairie et les vents du Wyoming - pour laisser s'écouler une hypothétique rivière. Bien sûr, il pourrait y avoir, accoudés au parapet deux enfants japonais, un trait pour la bouche et deux billes pour les yeux, exfiltrés d'un manga tokyoïte, quelques bigouden aux formes généreuses le traversant sur des vélos rétros, leurs coiffes dressées comme autant de menhirs défiant le ciel de leurs pointes granitiques. Il pourrait y avoir....

Il suffit d'extraire un objet, une idée de mon fatras cérébral pour qu'aussitôt, profitant de l'entrebâillement de cette porte virtuelle, s'agglutinent d'autres objets ou idées associés. Ainsi à peine ai-je commencé à évoqué ce pont banal que déjà le Pont du Gard, le Pont d'Avignon, le Golden Gate, le pont de Brooklyn se mettent sur les rangs dans un vacarme insupportable. Même le pont de la rivière Kwai, en piteux état après l'explosion s'invite sans y avoir été convié. Et de quoi ai-je l'air maintenant avec tous ces ponts qui n'en finissent pas d'enjamber fleuves, ruisseaux, bras de mer et autres flux aqueux  ? Les assembler en une improbable installation à la Tinguely, les empiler, les aligner, les emboîter, les enfouir dans le sable humide et grumeleux d'une plage de l'île de Vancouver et prétendre que je ne suis au courant de rien. A moins que je ne les emballe dans la fine gaze de cirrus d'altitude, leur donnant l'allure de barbe-à-papa, que je les tire outre-atlantique à l'aide de fils d'araignée lovés sur les pentes rugueuses de mon occiput et les abandonne dans les brumes fondues aux vagues de l'île de Terre Neuve.

Et, ainsi allégé, pourrais-je reprendre le cours de mon existence jusqu'à ce qu'un alizé occipital ou pariétal ne vienne de nouveau bousculer un fantasme oublié, un vieux souvenir dépareillé ou une envie inassouvie.


mercredi 15 février 2017

Incroyable Tsukuru

Je ne suis pas critique littéraire. Ne vous attendez donc pas à une exégèse du livre de Haruki Murakami « L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage », d'autres s'en chargent avec expertise.

Pour écrire, il faut lire, se nourrir, voyager dans l'imaginaire des autres et j'aimerais simplement partager en quelques lignes le sentiment que m'a procuré ce livre que je viens de terminer.

Bien sûr, je suis sans doute partial car Haruki Murakami fait partie de ces auteurs qui pour moi procurent un bien être immense. Depuis la lecture des « Amants du spoutnik » il y a quelques années, il est devenu un compagnon de lecture régulier. Et je le laisse, en confiance, m'emmener dans ses univers sensibles.
Tsukuru, le personnage du livre, est un être banal, sans charisme, sans histoire, sans couleur. Pour l'amour d'une femme, il va devoir effectuer un pèlerinage, une remontée du temps, seize ans en arrière, sur ce moment où tout s'est arrêté, brisé net. Alors que lycéens, lui et quatre amis formaient un groupe uni par une indéfectible amitié, Tsukuru sera exclu du groupe, sans explication.
Pour libérer sa vie actuelle, il va devoir effectuer ce retour dans le passé et affronter la peur de ce qu'il peut découvrir.
Ne sommes nous pas tous, à un moment ou un autre de notre vie, des Tsukuru aspirant à remonter parfois le cours du temps pour comprendre un instant, pour faire parler les silences du passé ?
Tels les saumons mus par l'instinct qui les mène au lieu de leur naissance, nous aussi remontons parfois le cours de nos existences à la recherche d'une vérité, d'un indice. Et la remontée est souvent difficile, voire périlleuse. Dans cette pérégrination à contre-courant, les prédateurs nous attendent dans les passages étroits et sombres.
J'aime cette métaphore du saumon qui fait écho à nos propres vies où la nostalgie et les blessures nous conduisent à interroger notre passé pour mieux construire notre avenir et vivre notre présent.
Cette expédition dans les couches enfouies de nos actions passées peut libérer notre capacité à inventer nos vies, à les dessiner ou les redessiner.

Ainsi, Tsukuru va-t-il dépasser cette épreuve et sortir de la paralysie qui faisait de lui une ombre immobile.

Et pour nous, qu'en est-il ?

Lisez donc ce magnifique roman

« L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage » de Haruki Murakami

Philipp Larsen

mardi 7 février 2017

Fukushima, après la pluie

« Fukushima, après la pluie », c'est quoi ce livre ?


Je me rends compte à l'instant à quel point il est difficile de parler de ce que l'on écrit.
Fukushima après la pluie, ce sont vingt sept nouvelles réunies dans un ouvrage. Des nouvelles courtes de quelques pages chacune. Des tableaux qui racontent un instant.
Elles sont intemporelles et si certaines se déroulent en Norvège, en Asie, à New York ou dans la plaine de Russie, beaucoup gardent une incertitude géographique assumée. L'imprécision c'est aussi la possibilité pour le lecteur de construire ses propres décors, de projeter son imaginaire et de se fondre dans le texte et les émotions qu'il porte.
Ces nouvelles sont le reflet de mon rapport au monde, aux femmes, aux sentiments. Certaines sont récentes, d'autres remontent à quelques années.
J'ai voyagé, un peu. J'ai déménagé, beaucoup, passant d'un milieu urbain à rural, francophone à anglophone. Ma vie est un zig-zag qui m'a permis nombre de rencontres dans des environnements très différents. Cela m'a nourri. Je suis devenu un homme enrrichi de toutes ces rencontres.
Pendant longtemps, je ne voyais pas la nécessité de publier. Mes textes s'empilaient et je les oubliais une fois écrits. C'est après avoir passé plusieurs années dans le secteur culturel que certaines choses me sont devenues évidentes. Durant les neuf dernières années, j'ai en effet programmé des événements culturels, participant ainsi à la mise en lumière de nombreux artistes le temps d'une soirée, d'un spectacle. Et je me suis rendu compte combien le partage avait de l'importance. Ces créations, qu'elles fussent musicales, théâtrales, dansées ou autre, envoyaient une marque d'affection, une émotion vers le public. On n'embrasse pas le vide. Alors je me suis dit qu'il fallait que je partage avec le monde qui m'entoure certaines de ces émotions que je cachais au cœur de mon écriture. D'où ce recueil.

Je ne sais pas si je suis un auteur optimiste ou pessimiste. Devrais-je être l'un ou l'autre ?
Ne peut-on être l'un et l'autre ?
La joie, les désirs, les plaisirs et le bonheur existent dans ces textes. Ils en sont même l'essence. Pourtant ceux-ci sont souvent éphémères, volatiles comme les aigrettes d'un pissenlit sur lequel on souffle.
Dans ces nouvelles, je vous conduirai au bord d'un fjord en compagnie d'une évanescente jeune femme, vous ferez la connaissance d'Hécate la déesse de la lune, d'Ulysse qui erre dans Brooklyn, d'une mariée qui casse les codes, d'une frontière aussi solide qu'un mur de marbre, vous découvrirez le dernier des déluges, Kun-Thea, guide sensuelle sortie des ruines d'Angkor et le silence de Fukushima...


Pour chacun de ces textes, je me suis immergé dans un univers avec une telle ferveur que, par moment, la force de mon imaginaire a rattrapé ma réalité.
Un certain nombre de musiques ont accompagné mon travail d'écriture. Entre autre la polonaise de Shigeru Umebayashi (BO du film 2046 de Wong Kar Wai), le concerto n°2 de Rachmaninov, le thème principal du film Interstellar, le Requiem de Mozart, Cold Song de Klaus Nomi, Life on Mars de D. Bowie ...

Je vous invite donc dans mon univers. Il est à vous.  




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